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Rising Star : pourquoi ça n'a pas marché ?

Fin de l’aventure. C’est finalement ce jeudi 13 novembre qu'a été diffusé le dernier épisode de Rising Star, l’émission événement de la rentrée d’M6 et véritable pari connecté et interactif de la chaîne. Les Screen Doctors reviennent sur les raisons de l’échec de l’émission.
Plébiscitée en Israël, enregistrant des audiences record, l’émission fait finalement un flop en France. Les espaces publicitaires liés au télé-crochet perdent alors presque la moitié de leur valeur initiale et c’est le coup dur pour M6 qui avait prévu la diffusion de 10 à 12 épisodes de cette émission très coûteuse. La chaîne a finalement décidé de conclure l’expérience au bout du 8ème prime, pour limiter les pertes. Explications.

L’interactivité pensée comme l'élément central de l’émission

L’interactivité ne peut pas être l’unique promesse d’une émission, qui doit avant tout miser sur un contenu solide et qualitatif, or Rising Star a été pensé presque exclusivement autour de son interactivité. Quand on enlève le vote du public et le mur que reste-t-il ? Quelques belles voix, beaucoup de blabla, les larmes de Cathy Guetta… pas assez pour capter des téléspectateurs habitués aux talents shows et devenus très exigeants. La communication autour du lancement de l’émission ainsi que la curiosité des téléspectateurs pour le dispositif de vote a permis au premier prime de réaliser un bon score avec 3,8 millions de téléspectateurs mais l’audience a ensuite chuté pour arriver à 1,5 millions jeudi dernier, une fois l’« effet whaou » passé.
…et finalement assez limitée
M6 a fait un pari risqué mais audacieux avec la diffusion de Rising Star et il faut reconnaître que certains éléments comme le vote gratuit et synchronisé sont à garder. Toutefois on voit assez rapidement les limites de cette émission « hyper connectée » et interactive dont l’expérience se limite en fait à appuyer sur « oui » ou « non » à intervalles réguliers et, il faut le dire, très espacés. Une fois que le vote est enregistré, l’application se verrouille et il faut attendre la prestation du candidat suivant pour pouvoir interagir de nouveau, ce qui n’invite pas à rester devant son écran et manque cruellement de rythme. Si l’interactivité est un pari ambitieux d’un point de vue technologique, sa mise en œuvre reste encore ici très limitée. On peut citer en exemple l’émission The Singer Takes it All, produite par Endemol et diffusée sur Channel 4 au Royaume-Uni, qui a poussé l’interactivité beaucoup plus loin avec un casting à échelle nationale sur l’application de l’émission pendant la semaine et un vote en direct sur les prestations des candidats le vendredi soir avec l’invitation à voter toutes les 20 secondes pour chaque prestation et, cerise sur le plateau, un décor qui réagissait en temps réel aux votes. 
Le juré, c’est qui ?
« Le juré, c’est vous » : c’est ici une promesse très forte qui est faite aux téléspectateurs, celle d’être au centre du dispositif avec un pouvoir décisionnel. Mais en parallèle, un jury de personnalités est constitué, tous avec des caractères forts et prenant très souvent la parole –un peu trop d’ailleurs à en croire les avis des téléspectateurs sur les réseaux. Ce sont en fait eux qui font la sélection des candidats, dans des séquences “rencontres” d’ailleurs diffusées, réduisant considérablement le rôle de juré des téléspectateurs. Mais ce n’est pas tout : ces jurés « VIP » votent aussi pendant le prime et leurs voix comptent pour près de 30% du total des votes (7% chacun) ! Le rôle des téléspectateurs devient alors un peu accessoire : ils votent pour sélectionner des candidats déjà choisis par les jurés, en ayant déjà l’avis de ces derniers et avec une voix qui pèse moins lourd qu’eux. Alors, c’est qui le juré ? 
Et ceux qui ne votent pas dans tout ça ?

L’interactivité, derrière laquelle il y a un enjeu majeur d’image de modernité pour la chaîne, est placée, nous l’avons vu, au centre de l’émission. Le plateau a été pensé pour illustrer et renforcer cette idée d’interactivité totale : mur digital connecté aux comptes Facebook des téléspectateurs inscrits, visualisation des votes en temps réel à travers une jauge, etc. Les présentateurs eux-mêmes parlent beaucoup de l’application : « attendez, vous allez bientôt pouvoir voter », « inscrivez vous pour le vote ». Mais quelle est la place pour ceux qui ne votent pas ? La sur-sémiotisation du téléspectateur comme juré actif n’aurait-elle pas tendance à exclure ceux qui ne le sont pas ? L’émission est-elle compréhensible et agréable à regarder pour les téléspectateurs non connectés ? Et ne se sentent-ils pas complètement extérieurs à l’expérience de l’émission ?

Le problème Rising Star est avant tout un problème de cohérence et de « contrat de lecture »  assez flou : l'émission promet de l'interactivité et du ludique, mais l'expérience est en réalité assez limitée avec un contenu qui manque de puissance. Toutefois, et malgré cet échec en termes d'audience, M6 a permis de faire avancer la notoriété du second écran et a eu surtout le mérite de tenter l'aventure, riche en enseignements. Nul doute en tout cas que ce cas fera école, et marquera un tournant dans la perception, par les chaînes et par les téléspectateurs, du second écran.

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